Le sein est le plus stérile des récipients. Impossible de « sur-diluer » ce liquide naturel sous prétexte d’éco­nomie. Aucune erreur ne peut se produire dans sa prépa­ration. La composition du lait maternel possède un maxi­mum d’avantages. Il détient des qualités protectrices contre certaines maladies (grippe - polio - diarrhée...) Le mode d’action de cette propriété préventive demeure inconnu. Certains chercheurs pensent que des anticorps spécifiques sont transmis à l’enfant par le lait de la mère. D’autres, très prudents, attribuent ce bénéfice immunologique à « l’action de facteurs indéterminés d’origine inconnue ». D’autres, enfin, estiment que le lait lui-même ne contient pas d’anticorps mais est capable de stimuler la production d’anticorps dans l’organisme du bébé. De toute façon tous s’accordent pour reconnaître que l’enfant nourri au sein est naturellement mieux protégé que le bébé nourri au biberon.

Les protéines contenues dans le lait maternel sont totale­ment absorbées par l’enfant et la digestion se fait aisé­ment. Un bébé nourri au sein est moins exposé aux diar­rhées et ne peut pas être constipé, parce que le lait ne se solidifie jamais dans son intestin pour former des selles dures. Le lait de vache a tendance à se transformer dans l’estomac en gros flocons qui donnent trop vite au bébé l’impression d’être repu. En fait 50 % seulement de ces protéines sont absorbées. Les bébés nourris au biberon doivent boire une quantité plus grande de lait. Certains bébés sont allergiques à une formule précise de lait artifi­ciel. Il faut alors par tâtonnements successifs trouver celle qui lui convient. Pas de problème de ce genre avec le lait maternel. Mais parfois il existe des réactions allergiques (éruptions, diarrhées, vomissements, reniflements...) à cer­taines substances que la mère a absorbées et transmises par le lait. Un régime alimentaire de la « nourrice » s’im­pose alors.

Aucune étude scientifique n’a pu prouver que les enfants nourris au sein devenaient des adultes plus équilibrés. Néanmoins tous les spécialistes du comportement animal et humain reconnaissent catégoriquement que l’allaitement maternel apporte à l’enfant des sentiments de sécurité, de bien-être et de confort dus au contact « peau à peau » avec la mère. L’enfant retrouve en tétant l’univers chaud, reposant et familier qu’il a connu durant les mois passés dans le ventre maternel. En respirant l’odeur de sa mère, en la sentant collée à son corps, en entendant battre son cœur, il rétablit ce lien charnel que rien ne peut rem­placer. Même dans les jours les plus occupés, le bébé est toujours assuré d’avoir la présence de sa mère pendant la tétée. Elle ne peut pas être tentée de le laisser boire tout seul dans son berceau ou de faire donner le biberon par une autre personne.

Bien que fatigant pour la mère, l’allaitement maternel a l’avantage de l’obliger à se reposer et à prendre soin de sa santé sur le plan alimentaire, physique et psychologique. Sur le plan pratique, il est si facile de se lever le matin, de prendre le bébé et de le mettre au sein ! Inutile de nettoyer et stériliser biberons et tétines. Inutile de déambu­ler hagarde dans la cuisine au milieu de la nuit pour chauf­fer le biberon. La tétée se prépare toute seule, à la bonne température, à toute heure dans ces propres et séduisants « contenants » que sont les seins. Nourrir le bébé est un vrai plaisir dépourvu de corvée domestique. Quant aux voyages, ils se font le plus simplement du monde (pas de biberons à transporter, de problèmes de chauffage ou de réfrigération, de vaisselle).

Sur le plan sexuel, il est reconnu que l’allaitement a une grande répercussion, négative ou positive, sur la sexualité de la femme. Le corps répond à la succion du bébé avec la même intensité que lors d’un rapport sexuel : contrac­tions de l’utérus, érection de la pointe des seins, hausse de température, dessèchement de la bouche...

William Masters et Virginia Johnson, les spécialistes de la physiologie du sexe, pensent que les femmes qui allaitent manifestent un intérêt accru pour les activités sexuelles. Elles éprouvent, selon eux, un violent désir de reprendre leurs rapports conjugaux.

Il n’y a pas que le bébé qui bénéficie de l’allaitement au sein. La mère aussi. « Il y a quelque chose de vrai dans le fait qu’un être humain devient si heureux d’être respon­sable de quelqu’un d’autre. Je n’aurais jamais pu avoir le même sentiment d’accomplissement en me reposant sur une fabrique de lait ou le magasin du coin pour nourrir mon bébé. Savoir que je lui donne quelque chose que per­sonne d’autre ne peut lui donner a créé un lien entre nous qui est devenu une de mes joies les plus profondes. » Ce témoignage résume merveilleusement la relation exception­nelle qui s’établit dans ce couple mère-enfant. L’échange est total, chacun ayant besoin de l’autre. Quand l’heure de la tétée est un peu retardée, une certaine détresse les atteint tous les deux, le bébé parce qu’il a faim, la maman parce que ses seins sont gonflés de lait.

Pour ou contre l’allaitement au sein

Les raisons données par les femmes pour ne pas nourrir au sein sont nombreuses et variées. « Je suis trop ner­veuse — j’ai des petits seins — je n’ai pas de tétons — c’est un esclavage — c’est fatigant, je n’ai pas le temps — je dois retravailler — mon mari ne veut pas — ça abîme les seins — pourquoi se compliquer la vie : le biberon c’est si pratique — le sein ? je ne saurais jamais quelle quantité donner à mon bébé... »

En fait, ces explications sont superficielles et ont une ori­gine historique et psychologique beaucoup plus profonde. Au début du siècle les soucis de l’hygiène, les progrès médi­caux, le rôle prépondérant du médecin qui « savait », la mode du « nursing » strict et sévère ont provoqué une vogue de l’allaitement artificiel. Les femmes avaient perdu confiance en leur propre capacité maternelle — au mo­ment même où dans les rues elles réclamaient leur éman­cipation. L’allaitement maternel est devenu, au même titre que tous les rôles traditionnels domestiques, un symbole de l’esclavage passé. Curieusement aujourd’hui l’émancipation des femmes se manifeste par un retour au naturel, et donc à l’allaitement.

Cependant les femmes peuvent réellement avoir des rai­sons de refuser l’allaitement, liées à leur personnalité pro­fonde. Elles peuvent être dégoûtées, se sentir des vaches laitières, ou n’éprouver tout simplement aucun désir de nourrir au sein. Pour elles, il serait stupide de s’embarquer dans cette aventure par devoir, pour être une bonne mère, pour plaire au médecin ou à l’entourage. Ce serait inévi­tablement aller au-devant d’un échec. Elles ne doivent pas non plus être culpabilisées par l’argument de la santé.

Toutes les études l’ont prouvé : dans les pays développés il n’y a aucune différence dans le taux de maladie observé chez un enfant nourri au sein ou au biberon. Ce que la mère ressent pour son enfant est beaucoup plus important que la façon dont elle le nourrit, car c’est essentiellement la tendresse et l’amour qui font des bébés heureux.