Les principales peurs de l'enfant

La peur est un sentiment universel qui nous protège du danger. Celles de l'enfant sont souvent intenses et déconcertantes pour les parents.

1. LA PEUR DE L'OBSCURITÉ

Chez presque tous les enfants, la peur du noir apparaît à un moment ou à un autre autour de deux ou trois ans. Elle peut prendre différentes formes : monstres, voleurs, etc. Il arrive que, malgré un comportement rassurant des parents, cette peur ne disparaisse pas. Dans ce cas, de petits jeux peuvent l'aider. Le premier consiste à jouer à l'aveugle : les yeux fermés ou avec un bandeau sur les yeux, l'enfant vous suit dans la maison et tente d'identifier les objets qu'il rencontre. Dans un deuxième temps, vous pouvez faire la même chose dans le noir.

Une nuit, passez un moment dans sa chambre avec lui, puis dans le reste de la maison, à identifier calmement les bruits et les ombres. Montrez-lui que vous n'avez pas peur et que chaque source d'une crainte possible peut être expliquée. Enfin, dans un troisième temps, vous pouvez jouer avec lui en plein jour, mais dans une pièce aveugle (sans fenêtre). Laissez filtrer un fin rai de lumière à travers la porte pour commencer et demandez-lui d'identifier ou de retrouver tels objets que vous y aurez placés. Au début, l'enfant ne restera que quelques secondes dans une pièce sombre, puis le temps pourra augmenter au fur et à mesure qu'il prendra confiance. Pour finir, sachez qu'il est inutile de forcer à dormir dans le noir un enfant qui a peur. Mieux vaut lui confier une lampe.

2. LA PEUR DE L'EAU

Ici, il s'agit davantage de la peur de l'eau sur la figure ou dans les yeux, de la crainte d'être mouillé ou de perdre pied- Une seule solution : apprendre à nager

Votre enfant arrive à l'âge où il va devoir accompagner sa classe à la piscine et sa peur risque de devenir un vrai problème. Je ne connais pas de meilleur remède, hormis comprendre ce que signifie cette peur et ce qui l'a provoquée, que d'apprendre à nager à l'enfant. Les enfants qui aiment l'eau et qui ont l'occasion d'y jouer souvent apprennent le plus souvent à « nager » tout seuls (c'est-à-dire à pouvoir traverser une piscine en eau profonde, mais généralement pas avec les gestes adéquats) entre quatre et six ans. Mais pour votre enfant, mieux vaut engager un maître nageur compétent. Il doit être soigneusement choisi et au courant de la peur de votre enfant, afin d'adopter une méthode très progressive et essentiellement ludique.

L'eau doit être appréhendée avec plaisir, ou plutôt comme la redécouverte progressive d'un plaisir. Jeter l'enfant à l'eau ou le forcer malgré ses larmes, comme on le voit encore parfois, aboutirait au résultat inverse. Ce n'est que lorsque votre enfant saura nager sous l'eau là où il n'a pas pied qu'il ne craindra plus l'eau.

3. LA PEUR DES ANIMAUX

La peur des animaux réellement dangereux n'est pas gênante. Nul ne vous oblige à fréquenter les panthères, les requins ou les serpents. Inutile, si votre enfant est dans ce cas, de l'obliger à passer ses dimanches au zoo. La peur des chiens ou des chats est plus embêtante car on ne peut, dans notre société, tenir à distance tous les animaux familiers. Cette peur résulte le plus souvent d'une mauvaise expérience. La seule façon de dépasser cette peut consiste d'abord à retrouver cette expérience et à en parler calmement, puis à se « désensibiliser » progressivement.

Une désensibilisation systématique Celle-ci se déroule en plusieurs étapes progressives. On n'aborde l'étape suivante lorsque la précédente se vit sans anxiété particulière.

Commencez par lire ou feuilleter ensemble des livres sur des animaux, regardez des émissions de télévision les concernant, apprenez ensemble à mieux les connaître et la manière de se comporter avec eux et regardez-les à distance. A ce stade, l'enfant est prêt à les approcher, voire à les toucher, si vous lui donnez la main, que vous restez gentiment près de lui et que vous le rassurez constamment. On commence toujours par l'animal que l'enfant trouve le plus gentil, celui qui lui fait le moins peur.

La peur des insectes

Certains enfants, à l'instar des adultes, ont une vraie frayeur des insectes.

Celle-ci, comme presque toutes les autres, a le plus souvent une origine psychologique. Là encore, la seule chose que vous puissiez réellement faire est de montrer l'exemple, de ne pas paniquer vous-même à la plus petite araignée ou au passage d'une guêpe et d'apprendre à votre enfant à se comporter en présence des insectes, ceux qui piquent et les autres. Leur observation dans la nature est si fascinante qu'elle suffit parfois à faire vaincre la peur: s'allonger dans l'herbe et regarder toutes les petites bêtes qui y vivent, admirer une araignée qui tisse sa toile, suivre la fourmi qui transporte une miette jusqu'à la fourmilière, etc.

4. LA PEUR DU « VILAIN MONSIEUR »

Nous mettons si bien en garde nos enfants contre les voleurs d'une part et les kidnappeurs d'autre part que certains enfants n'osent plus rester cinq minutes tout seuls ou sortir jouer dans le jardin. Difficile de demander à l'enfant de devenir autonome en allant seul chercher le pain au bout de la rue et de l'effrayer en même temps avec tous les affreux personnages qui rôdent alentour.

Ne créons pas les frayeurs en croyant informer Autant il est important d'alerter l'enfant sur les dangers résultant de mauvaises rencontres, autant il faut être réaliste et ne pas l'inhiber dans son développement avec des angoisses excessives. Un comportement surprotecteur signifie à l'enfant qu'il vit dans un monde dangereux où l'on doit se méfier de tout et de tous : ceci n'est certainement pas un message adéquat. Un enfant qui connaît par cœur son nom, son adresse et son numéro de téléphone, à qui l'on a appris que faire s'il était perdu et à qui demander de l'aide et qui sait dire non à un adulte, est un enfant bien préparé à assurer sa sécurité.

5. LA PEUR DUE AUX INFORMATIONS

Des enfants très (trop ?) informés Les enfants d'aujourd'hui sont quotidiennement exposés aux informations, télévisées le plus souvent, lesquelles ne véhiculent, c'est bien connu, que de mauvaises nouvelles. Chute dans un ravin d'un car de ramassage scolaire, attentat à la bombe dans un centre commercial, guerre en Israël ou avions suicides aux USA... Il est désormais impossible de tenir les enfants à l'abri de toutes ces tragédies, tant ils sont impliqués dans un réseau de communication. Quel enfant n'était pas au courant des attentats américains ? Mais durant cette période, nombreux sont ceux qui ont développé des peurs nouvelles. Et si une bombe tombait sur la maison ? Et si mon père ne revenait pas de son travail ? La résolution des conflits ne suffit pas toujours à faire disparaître les angoisses...

Une incapacité à relativiser

En dessous de six ans, les enfants ont une conscience limitée du monde hors de leur environnement proche et n'ont pas les moyens d'appréhender correctement ou de relativiser des événements dramatiques survenus ici ou là. Incapables de prendre de la distance, ils pensent automatiquement que ce qui est arrivé quelque part peut leur arriver à eux aussi (ce qui n'est pas toujours faux, malgré ce que l'on dit pour les rassurer). Le jeune enfant va personnaliser les tragédies, y compris la maladie ou la mon. Même si cette peur ne s'exprime pas directement avec des mots, elle se traduira par des cauchemars, de l'anxiété ou de maux divers.

Protéger les enfants des images

Pour ces raisons, et parce que les enfants de cet âge ont déjà bien assez de frayeurs en eux, réelles ou imaginaires, mieux vaut ne pas exposer les enfants de moins de six ou sept ans aux informations, notamment télévisées (du fait des images, ce sont souvent les plus frappantes). Il est préférable d'attendre qu'ils soient couchés pour regarder le journal télévisé où de nombreuses scènes peuvent être sources de frayeurs nouvelles. Dans le cas où l'enfant a été exposé et reste inquiet, le mieux est de lui expliquer calmement ce qui est arrivé, en termes généraux et sans détails inutiles. Ce qui l'intéresse essentiellement est de savoir que ce qui est arrivé à telle personne ou à tel endroit de la planète a infiniment peu de risques de lui arriver, à lui ou à ceux qu'il aime. Inutile de mentir en disant que cela n'arrivera « jamais » : l'enfant sent lorsque ses parents ne sont pas sincères. Si ses parents sont eux-mêmes très inquiets, cela ne fera que renforcer et justifier sa peur (« J'ai bien raison de craindre telle chose puisque maman aussi a peur »)

Les parents ne contrôlent pas toutes les sources d'information de leur enfant. Il arrive que les copains d'école jouent un rôle aggravant les inquiétudes (on a vu cela durant la guerre du Golfe). Dans ce cas, le mieux que les parents puissent faire consiste à parler avec leur enfant, en l'aidant à exprimer ce qui a pu l'effrayer et ce qu'il craint qui puisse lui arriver. Le dialogue est encore la meilleure manière de montrer à l'enfant que ces sujets ne sont pas tabous.

Trop souvent, les parents ont tendance à vouloir rassurer leur enfant et faire taire ses peurs, sans chercher au préalable ce qu'est leur inquiétude spécifique et quel sens elle a. A travers les questions qu'il pose et la façon qu'il a d'exprimer ses sentiments si on l'y encourage, l'enfant dit beaucoup sur ce qui le préoccupe ou l'angoisse. Essayer de comprendre, dialoguer et n'avoir pas peur de sa peur, voilà le comportement parental qui rassure l'enfant.

Comment réagir à ses peurs?

Pour parvenir à dépasser la peur, l'attitude des parents est déterminante. TOUS LES ENFANTS ONT DES PEURS Certains enfants vivent des journées plutôt tranquilles tandis que d'autres semblent l'objet de nombreuses craintes. Mais il est bien rare qu'un enfant ne partage pas au moins l'une de ces peurs si fréquentes à cet âge : peur du noir, des insectes, des chiens, des orages, de la mer, de parler à des inconnus, de se faire mal, etc. Les peurs qu'il avait étant plus petit, peur des bruits violents et des étrangers, peur d'être abandonné, s'atténuent progressivement et laissent la place à d'autres. Les cauchemars sont toujours là, avec leurs monstres et leurs sorcières.

Avoir peur est normal

Il faut bien comprendre que ces peurs n'ont rien d'anormal. On peut bien sur faire son possible pour rassurer l'enfant et l'aider progressivement à prendre confiance en lui et en ses capacités. Mais c'est surtout parce qu'il grandira et apprendra à faire la part du réel et de l'imaginaire que ses peurs diminueront. Lorsqu'il sera convaincu qu'il est quelqu'un de bien, dont les mauvaises pensées ne nuisent à personne.

LES PEURS ONT UNE CAUSE PSYCHOLOGIQUE

Chaque peur est plus fréquente à un âge donné. Elle témoigne du développement psychique normal de l'enfant. A partir de trois ou quatre ans, l'enfant prend son indépendance. Il utilise son agressivité pour tenter de maîtriser son environnement et l'influencer dans le sens qu'il souhaite. Mais il se sent vite coupable de cela, même s'il commence à savoir que des souhaits malveillants ont peu de risques de se réaliser par la seule force de l'esprit.

Cette culpabilité, ainsi que la crainte d'être puni, souvent plus fantasmatique que réelle, revient la nuit sous forme de cauchemars. Ou bien elle se lie à l'anxiété, due souvent au simple fait de grandir, et se trouve projetée sur un objet extérieur qui, en conséquence, est vécu comme dangereux: le chien, l'araignée, etc.

DES PEURS À PRENDRE EN COMPTE

Ce n'est pas parce que ces peurs sont banales et naturelles qu'elles doivent être ignorées. Savoir que la plupart des enfants de cet âge craignent l'obscurité n'est pas une raison pour les empêcher d'avoir recours à une veilleuse pour se rassurer! Nous allons passer en revue quelques-unes des peurs les plus courantes afin de voir comment y faire face. Certaines peurs particulièrement aiguës peuvent parfois nuire au développement heureux de l'enfant et ne pas diminuer sensiblement avec l'âge. Je pense particulièrement à la peur presque panique de prendre la parole en public ou de rester dans un espace clos : dans ces cas, il peut être utile de faire appel à un psychologue.

COMMENT RÉAGIR?

Ne pas se moquer

Minimiser la peur, l'ignorer ou s'en moquer ne font aucun bien. Cela peut même accroître l'anxiété et la détresse de l'enfant qui ne se sent pas soutenu. Des phrases comme : « Arrête de te comporter comme un bébé ! », ou « Tu sais bien que les petites bêtes ne mangent pas les grosses ! », n'ont jamais aidé un enfant à se sentir plus courageux. Peut-être n'exprimera-t-il plus ses angoisses pour ne plus vous déplaire, mais cela ne signifie pas qu'il s'en est débarrassé.

Ne pas surprotéger

A l'inverse, ne soyez pas trop complaisant et protecteur à chaque fois qu'une peur s'exprime car vous donneriez l'impression à l'enfant que le danger est réel. Si vous dites à votre fille qui craint les chiens : « Calme-toi, regarde, tu ne risques rien, le chien est bien tenu en laisse », vous ne faites que convaincre l'enfant qu'elle a bien raison d'en avoir peur. Elle hurlera la prochaine fois qu'elle en verra un sans laisse. Attention également aux peurs que nous projetons nous-mêmes sur nos enfants (les souris, les serpents, les araignées, la foule, l'altitude, etc.). Être aux côtés de son enfant

L'enfant n'est rassuré que si ses parents respectent ses sentiments, mais ne partagent pas sa peur. Comportez-vous de manière rassurante et calme. Vous savez que sa peur est imaginaire (il arrive qu'elle ne le soit pas : dans ce cas l'attitude à adopter est différente, comme nous le verrons plus loin). L'essentiel est donc de soutenir l'enfant dans les efforts qu'il fait pour vaincre sa peur. Être avec lui pout l'encourager à se dépasser. Cela suppose une grande confiance réciproque entre l'enfant et vous. Cela suppose également qu'il puisse parler de sa peur avec vous, raconter ses cauchemars s'il se les rappelle, dessiner ses monstres et tenter d'expliquer ce qu'il craint réellement.

Donner des modèles

L'enfant gagnera beaucoup à imiter le comportement d'un adulte ou d'un aîné qui ne partage pas sa peur. Si la petite fille de tout à l'heure voit sa grande sœur tendre sa main vers le chien et celui-ci lui lécher le bout des doigts, elle aura peut-être envie de faire de même. Un sourire, un commentaire positif inciteront un autre à regarder sous son lit si un monstre s'y cache.

Inciter l'enfant à se dépasser

Certains enfants ont besoin d'être incités à prendre des initiatives. Si l'on est toujours derrière eux, à craindre qu'ils ne se blessent ou ne se perdent, ou, au contraire, si on les jette en avant, ils ne développent pas la confiance en eux nécessaire pour faire face à de petites aventures. Un commentaire positif sur la façon dont votre enfant s'est sorti de telle ou telle situation pour lui périlleuse l'incitera à recommencer une autre fois. Mais la meilleure réassurance vient encore de la présence et du soutien du père ou de la mère. Grâce à cette chaleureuse et encourageante proximité, il pourra avancer au-delà du point où il aurait normalement fait retraite...

POURTANT LES ENFANTS AIMENT AVOIR PEUR

De délicieux frissons

Les enfants aiment les histoires qui font peut. Ils demandent qu'on relise les même histoires, soir après soir. Qu'on repasse la même cassette. Pour trembler et se sentir soulagé à la même seconde. Oui, ils aiment les histoires qui les font vibrer. Ils n'aiment pas avoir peur « pour de vrai », dans la vraie vie, mais ils adorent jouer avec cette émotion dans un contexte où ils se sentent en sécurité. Ils se régalent d'avance à l'idée du loup qui s'approche ou de la découverte d'un monstre, tout en sachant bien qu'on est là dans l'imaginaire.

L'imaginaire est structurant

Quand un petit garçon se perd dans un grand magasin, il est terrifié. Le même enfant, face à l'histoire des Trois Petits Cochons, ne l'est pas. Pourtant le cochon auquel il s'identifie risque d'être mangé. Il a peur comme lui. L'enfant joue alors avec des sentiments qu'il sait pertinemment terrifiants. Sauf qu'il adapte alors son imaginaire aux mots qu'on lui raconte, et que cela forme un film protecteur.

Être plus fort que sa peur

Parce qu'elle est imaginaire, l'histoire peut être lue plusieurs fois. À chaque fois, c'est le même délicieux frisson qui s'empare de l'enfant... jusqu'au moment de la victoire finale. Lui aussi est plus fort... que sa peur. C'est là l'essentiel : l'enfant, qui se sait tout petit, sent bien qu'il n'est pas de taille à affronter le monde. Avec ces histoires et ces contes, il apprend que l'on peut faire face malgré sa peur et que l'on s'en sort. Il découvre que la peur ne fige pas forcément sut place mais qu'elle peut donner du courage. Et du courage, il en faut quand on est petit ! Ainsi, dans la cour de l'école, il reste vigilant tout en sachant désormais qu'il a en lui les moyens de faire face. Les petits peuvent aussi gagner contre les grands, parce qu'ils sont plus malins.

Enfin, dernier avantage à vivre aussi intensément ses émotions: on se sent bien vivant. A l'intérieur du corps de l'enfant, c'est la réaction hormonale commune à tous les stress qui se met en route : le pic d'adrénaline. Déjà, à son niveau, il découvre ce plaisir.

Jouer à se faire peur

Les livres et les films ne sont pas les seules sources d'émotions vives et de frissons. Certains enfants aiment jouer à se faire peur, dès qu'ils sont entre amis, parce que là encore ils se savent relativement en sécurité. Les petits enfants adorent jouer à colin-maillard, ou à l'aveugle, lorsqu'il s'agit de se laisser conduire par un adulte, les yeux fermés. C'est pour lui un signe qu'il se remet entre les mains de plus grand que lui et qu'il cherche la confiance, en même temps qu'il se confronte à sa peur du noir et de l'inconnu.